Chine : une taxe sur les préservatifs pour relancer la natalité

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Face à une baisse alarmante des naissances, le pays a choisi d’augmenter le coût des moyens de contraception. La décision est cependant loin de faire l’unanimité.

Depuis le 1er janvier 2026, les préservatifs coûtent 13% plus cher, conformément à une décision annoncée fin 2025 sur les moyens de contraception, qui met un terme à trente ans d’exonération fiscale pour ces produits.

Pour les autorités, il s’agit de faire évoluer les mentalités et de présenter la parentalité comme un choix économiquement plus rationnel. L’objectif affiché est de stimuler les naissances, alors que la population chinoise connaît une chute vertigineuse.

En 2024, le taux de fécondité total en Chine est tombé à 1,01 enfant par femme, l’un des plus bas au monde et le plus faible depuis la fondation de la République populaire en 1949, très loin du seuil de remplacement de 2,1 nécessaire au maintien d’une population stable.

Malgré l’abandon de la politique de l’enfant unique en 2016 et l’introduction, en 2021, d’une politique autorisant jusqu’à trois enfants par couple, les naissances continuent de reculer. Même l’année du Dragon, traditionnellement favorable aux naissances en Chine, n’a eu qu’un effet marginal : une hausse de la fécondité d’à peine 0,1 point en 2024.

Une démographie en chute libre

Pire, l’ONU prévoit que la Chine enregistrera la plus forte baisse absolue de population entre 2024 et 2054, avec une population qui pourrait passer de 1,4 milliard à 633 millions d’habitants d’ici 2100 dans le scénario médian.

Ce déclin démographique accéléré, combiné au vieillissement massif de la population, menace la croissance de la deuxième économie mondiale et accentue la pression sur les systèmes de retraite et de santé.

Le moteur industriel chinois qui tourne déjà au ralenti, se voit ainsi privé de la seule ressource qu’il lui est impossible d’importer : les jeunes travailleurs. Les autorités sont donc engagées dans une véritable course contre la montre pour tenter d’endiguer cette dégringolade démographique.

Les primes à la naissance, les subventions au logement, les prêts immobiliers à taux préférentiels et les congés maternité rallongés, sont autant de mesures incitatives déployées jusque-là.

Une mesure peu convaincante

Cette résistance s’explique par de multiples facteurs structurels profondément ancrés dans la société chinoise contemporaine. Les jeunes adultes dénoncent des journées de travail éreintantes, héritées de la culture du « 996 » (9 h-21 h, six jours sur sept) qui domine dans de nombreux secteurs.

Les prix immobiliers stratosphériques dans les grandes métropoles constituent un autre frein majeur. Acquérir un logement décent équivaut souvent à plusieurs dizaines d’années de salaire, rendant l’idée d’élever plusieurs enfants économiquement irréaliste pour beaucoup.

Enfin, la perspective d’éduquer des enfants dans un environnement ultra-compétitif, où la réussite scolaire et professionnelle exige des investissements considérables en temps et en argent, dissuade de nombreux couples. Il n’en reste pas moins que la fiscalisation des contraceptifs peine à convaincre.

Les démographes cités par Le Monde mettent en garde contre un double risque : une hausse des grossesses non désirées et un recul de la prévention des infections sexuellement transmissibles, en particulier parmi les populations les plus vulnérables économiquement. Qian Cai, directrice d’un groupe de recherche en démographie à l’université de Virginie, estime que la réduction de l’accès aux moyens de contraception pourrait entraîner davantage d’avortements et alourdir les dépenses de santé à moyen terme.

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