Peter Hegseth soupçonné d’avoir envisagé un délit d’initié

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Le conseiller financier du secrétaire américain à la Défense aurait tenté de placer des fonds dans un produit boursier lié au secteur de la défense, peu avant le lancement des opérations militaires conjointes entre les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Selon le Financial Times (FT), le courtier de Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, employé par la banque Morgan Stanley, aurait approché BlackRock en février dernier — soit quelques semaines avant le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l’Iran — afin d’évoquer un placement de plusieurs millions de dollars dans le Defense Industrial Active ETF du gestionnaire d’actifs.

Lancé en 2025 par le géant de la finance, ce fonds d’actions, valorisé à 3,2 milliards de dollars et coté sous le symbole IDEF, vise, selon BlackRock, à « tirer parti des perspectives de croissance en investissant dans les entreprises susceptibles de bénéficier de la hausse des dépenses publiques en matière de défense et de sécurité, dans un contexte de fragmentation géopolitique et de rivalité économique ».

Difficile de déterminer si Hegseth avait connaissance de cette démarche, mais le FT affirme que l’initiative du courtier a été signalée en interne chez BlackRock. Ni Morgan Stanley ni le gestionnaire d’actifs n’ont souhaité commenter cette information, pour le moins embarrassante pour le chef du Pentagone.

Des fonds extrêmement sensibles

À ce titre, le secrétaire à la Défense se trouve au cœur des décisions les plus stratégiques de l’appareil militaire américain. D’autant que Peter Hegseth a été publiquement cité, à au moins deux reprises, par Donald Trump comme l’un de ceux l’ayant convaincu de lancer l’offensive contre Téhéran.

D’après le Financial Times, l’investissement envisagé par son intermédiaire n’a finalement pas été réalisé, le fonds n’étant pas encore accessible aux clients de Morgan Stanley. Les fonds indiciels sectoriels défense sont, par nature, extrêmement sensibles aux signaux géopolitiques.

Leurs portefeuilles, concentrés sur quelques grands groupes de l’industrie militaire américaine — Lockheed Martin, Raytheon, Northrop Grumman, entre autres — voient leur valorisation bondir mécaniquement en période d’escalade armée.

Une tentative de délit d’initié

Qu’un responsable au cœur des décisions stratégiques sur l’Iran ait pu, simultanément, mandater son broker pour prendre position sur ce type d’instrument constitue un cas typique de délit d’initié.

Autrement dit, l’utilisation d’un avantage informationnel injuste, fondé sur une position privilégiée dans une entreprise, pour réaliser un profit ou éviter une perte au détriment des autres investisseurs qui n’ont pas accès à cette information.

Sean Parnell, porte-parole en chef du Pentagone, a qualifié ces accusations de « totalement fausses et fabriquées de toutes pièces ». Ce n’est toutefois pas la première fois que des proches de Donald Trump se trouvent visés par de telles allégations.

La légitimité des missions confiées à Jared Kushner et Steve Witkoff, ainsi que le calendrier suspect de certaines annonces présidentielles sur Truth Social — lesquelles faisaient invariablement réagir les marchés — avaient déjà suscité des interrogations profondes sur la frontière entre gouvernance et profit privé au sein de l’administration Trump.

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