Après avoir fermement résisté, l’ancien ministre de la Culture a finalement cédé sous la pression.
« Afin de sauvegarder l’Institut du monde arabe (IMA) et de préserver l’excellence de son action, (…) je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire. »
C’est par ces mots que Jack Lang a annoncé, samedi 7 février, dans une lettre rendue publique, son départ de l’institution qu’il dirigeait depuis 2013. Une décision contrainte, alors que la pression s’intensifiait autour de lui depuis la révélation de ses liens supposés avec le sulfureux financier américain Jeffrey Epstein.
D’après une enquête du site Mediapart, fondée sur des documents émanant du Département américain de la Justice, l’ancien ministre et sa fille, Caroline Lang, figureraient parmi les propriétaires d’une société offshore créée en 2016 par Epstein lui-même et enregistrée aux îles Vierges britanniques, paradis fiscal réputé pour abriter des montages financiers opaques.
Ces informations ont suscité une vive émotion dans les milieux politique et culturel français. D’autant qu’Epstein avait déjà été condamné en 2008 pour prostitution de mineur.
Des liens étroits au cœur d’une enquête
Plusieurs observateurs s’interrogent notamment sur la manière dont une figure emblématique de la gauche culturelle a pu se retrouver impliquée, même indirectement, dans les affaires d’un homme d’une telle réputation.
Aucun élément dévoilé à ce jour ne prouve que Jack Lang ait entretenu d’autres rapports que financiers avec Epstein, mais la proximité apparente entre les deux hommes soulève des questions.
Dans son testament, le financier américain lègue 5 millions de dollars à Caroline Lang. Cette dernière affirme avoir refusé cet héritage, mais les magistrats vont devoir vérifier s’il y a eu d’autres avantages qui auraient dû être déclarés.
Des échanges d’emails font également état d’invitations à séjourner au Maroc et du prêt d’un jet privé appartenant à Epstein au profit des Lang. Ces éléments devront être examinés par le Parquet national financier, qui a annoncé, vendredi 6 février, l’ouverture d’une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant la famille.
Des dénégations fermes
Pour l’ancien ministre de François Mitterrand, qui dit n’avoir rien à se reprocher, cette démission doit lui permettre de « pouvoir sereinement récuser toutes les accusations qui m’assaillent ».
« Le climat actuel, mêlant attaques personnelles, soupçons et amalgames, par ailleurs tous infondés, est délétère. Il me révolte et me répugne », écrit-il, promettant de démontrer son innocence « par-delà le bruit et la fureur des tribunaux médiatique et numérique ».
Le départ de l’homme de 86 ans de l’IMA vient par ailleurs ôter une épine dans le pied de l’Élysée, qui a multiplié ces derniers jours, les coups de pression contre Jack Lang, allant jusqu’à le convoquer au Quai d’Orsay sur un ton décrit par Le Monde, comme comminatoire.