Les deux dirigeants ont exposé leurs désaccords au grand jour — et d’une manière presque burlesque — en refusant de se serrer la main lors du récent sommet mondial sur l’IA en Inde.
La scène n’a duré que quelques secondes, mais elle en dit long. Le 19 février dernier, lors du sommet mondial sur l’intelligence artificielle organisé en Inde, deux figures majeures du secteur technologique ont refusé de se serrer la main au moment de la traditionnelle photo de groupe.
D’un côté, Sam Altman, PDG d’OpenAI, à l’origine de ChatGPT. De l’autre, Dario Amodei, le patron d’Anthropic et concepteur de l’IA Claude. Sundar Pichai, directeur général de Google, et le Premier ministre indien Narendra Modi, également présents sur scène, ont assisté à ce moment gênant.
Un geste apparemment anodin, mais qui a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, devenant le symbole d’une fracture profonde entre deux hommes que tout oppose aujourd’hui, bien qu’ils aient longtemps collaboré.
Une rupture née de l’intérieur d’OpenAI
Car avant d’être rivaux, Altman et Amodei ont été collègues. Dario Amodei occupait le poste de vice-président de la recherche chez OpenAI. C’est lui qui a piloté le développement de GPT-2, puis de GPT-3, ces grands modèles de langage qui constituent le socle technologique sur lequel repose aujourd’hui la popularité mondiale de ChatGPT.
Sans le travail de cet homme d’apparence timide, l’IA générative telle qu’on la connaît n’existerait peut-être pas sous cette forme. Mais en 2021, le chercheur claque la porte. Officiellement, pour des « divergences de vision ».
En réalité, d’après des informations rapportées par le New York Times, Amodei s’inquiétait du rapprochement entre OpenAI et Microsoft, redoutant que les impératifs commerciaux finissent par supplanter les priorités de sécurité.
À ses yeux, une intelligence artificielle façonnée sous la pression des investisseurs et des actionnaires représente un risque systémique que l’industrie sous-estime encore. Avec sa sœur Daniela et plusieurs anciens d’OpenAI, il fonde alors Anthropic, une société qu’il place dès le départ sous le signe de la responsabilité et de la prudence.
Une guerre de valeurs désormais ouverte
Leur IA, baptisée Claude, se présente comme l’antithèse d’un développement effréné : plus sûre, plus transparente, moins exposée aux dérives que ses rivales. Un positionnement assumé, reflet d’une conviction sincère que le secteur fonce à vive allure vers des dangers certains.
Longtemps, cette rivalité s’est exprimée de manière feutrée, par tribunes interposées, déclarations publiques et divergences sur la régulation. Mais la « guerre » a récemment pris un tour beaucoup plus public, et plus agressif.
Ainsi, lorsque OpenAI annonce mi-janvier l’intégration de publicités dans ChatGPT pour les utilisateurs américains, Dario Amodei y voit une dérive contraire à l’esprit d’une IA réellement conçue pour ses usagers.
Anthropic réplique aussitôt, en s’offrant des spots publicitaires diffusés lors du Super Bowl le 8 février, pour dénoncer cette orientation. La pique fait réagir Sam Altman, qui publie sur X un long message accusant son rival d’une pratique « manifestement malhonnête ».