Entre Canal+ et le cinéma français, la guerre ?

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Maxime Saada, patron du groupe audiovisuel tricolore, brandit la menace d’un boycott visant des acteurs et autres personnalités signataires d’une tribune récente contre son principal actionnaire, Vincent Bolloré, accusé d’orienter le septième art vers l’extrême droite.

« Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste ». En marge d’une intervention, dimanche 17 mai au Festival de Cannes, Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a exprimé sa colère à l’encontre de certaines figures du monde culturel français.

Dans le viseur du dirigeant du groupe contrôlé par Vincent Bolloré figurent notamment 600 professionnels du cinéma, auteurs quelques jours plus tôt d’une tribune visant le milliardaire breton, accusé de vouloir exercer une influence idéologique sur le septième art français.

Alors que Canal+ ambitionne de prendre le contrôle total du groupe de distribution UGC, dont il détient déjà 34% du capital depuis septembre dernier, les signataires de la lettre ouverte, publiée dans Libération, y voient une menace pour la diversité du cinéma hexagonal. Ils redoutent qu’un même acteur ne domine l’ensemble de la chaîne de valeur, du financement des films à leur diffusion en salles.

Des figures emblématiques dans le viseur

« Derrière son image d’homme d’affaires, le milliardaire revendique un “projet civilisationnel” réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes comme CNews et ses maisons d’édition. (…) Voulons-nous prendre le risque de ne voir financer demain que des œuvres de propagande au service d’une idéologie ? », s’interroge le texte.

« En confiant le cinéma français à un patron d’extrême droite, nous risquons non seulement une uniformisation des productions, mais aussi une prise de contrôle idéologique de l’imaginaire collectif », poursuit la tribune.

Parmi les signataires figurent notamment Juliette Binoche, Virginie Efira — dont le film La Vénus d’argent de Pierre Salvadori a ouvert le festival —, Jean-Pascal Zadi, Zita Hanrot, ainsi qu’Arthur Harari et Emmanuel Mouret, tous deux en compétition officielle cette année.

Un conflit aux enjeux majeurs

Des accusations que Maxime Saada rejette fermement. « J’ai vécu cette pétition comme une injustice envers les équipes de Canal+, qui œuvrent à défendre l’indépendance du groupe et la diversité de ses choix », a-t-il déclaré, cité par l’ AFP.

Ces tensions prennent une dimension particulière au regard du poids économique de Canal+ dans le secteur. Le groupe s’est en effet engagé l’an dernier à investir 170 millions d’euros par an jusqu’en 2027 dans la production cinématographique française, aux côtés de France Télévisions et du Centre national du cinéma (CNC).

Cette controverse survient pourtant dans une édition du Festival de Cannes globalement moins politisée que les précédentes, marquées entre 2022 et 2024 par une forte présence de documentaires consacrés à la guerre en Ukraine.

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