Les EAU claquent la porte de l’OPEP

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Les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait officiel de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole à compter du 1er mai. Une décision potentiellement lourde de conséquences pour l’équilibre du cartel pétrolier mondial, consécutive à plusieurs années de divergences stratégiques, économiques et diplomatiques avec l’Arabie saoudite.

La nouvelle est tombée sans coup férir, mais elle n’en est pas moins lourde de conséquences pour une économie mondiale toujours très dépendante de l’or noir. Les Émirats arabes unis (EAU), septième exportateur mondial de brut, ont annoncé mardi 28 avril leur décision de quitter l’OPEP.

« Il s’agit d’une décision politique, prise après un examen attentif des politiques actuelles et futures liées au niveau de production », justifie le ministre de l’Énergie des Émirats, Suhail Mohamed al-Mazrouei, dans un entretien accordé à Reuters.

Selon lui, la planète est actuellement sous-approvisionnée en pétrole, et la sortie des EAU à ce stade précis permettrait de limiter l’impact sur les prix comme sur les partenaires restants du cartel.

Les Émirats disposent en effet d’une capacité de production supérieure à 4 millions de barils par jour, mais ne pompaient qu’environ 2,37 millions en mars dernier, un écart considérable imposé par les quotas de l’OPEP.

Les racines d’un divorce annoncé

Abou Dhabi aurait notamment préféré maintenir, voire augmenter, sa production pour préserver ses parts de marché à long terme en 2020, en pleine pandémie de Covid‑19, lorsque l’Arabie saoudite a obtenu des coupes massives face à l’effondrement de la demande.

La frustration est d’autant plus forte que la suite a donné raison aux inquiétudes émiraties. Lorsque les cours se sont redressés en 2021, les producteurs de schiste américains et d’autres acteurs hors OPEP ont profité du vide laissé par ces réductions, grignotant des parts que les membres du cartel avaient abandonnées.

Au‑delà des quotas, cette décision révèle une relation bilatérale durablement dégradée. Depuis que l’Arabie saoudite a ouvert grand ses portes aux capitaux étrangers sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, Riyad s’impose comme un rival direct des Émirats dans la compétition pour attirer les investissements internationaux.

L’Arabie saoudite face au vide

Sur le plan diplomatique, la crise iranienne a aussi mis en lumière une divergence de ton. Tandis que des responsables émiratis et les dirigeants d’Adnoc multiplient les prises de parole sur la situation dans le détroit d’Ormuz et plaident publiquement pour une désescalade, Riyad adopte une posture beaucoup plus discrète et prudente dans ses déclarations officielles.

À court terme, l’impact sur les prix reste limité. Le brut américain WTI oscillait autour de 100 dollars le baril et le Brent progressait de 0,3 %, la crise du détroit d’Ormuz continuant de dominer les anticipations des marchés.

Mais une fois ce verrou géopolitique levé, le retrait émirati pourrait accentuer la volatilité, en privant le marché d’un producteur majeur capable d’ajuster rapidement sa production hors de tout cadre collectif.

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