Une nouvelle étude montre comment les drogues illicites, et plus encore leurs métabolites, altèrent le comportement des poissons, même lorsqu’ils ne sont exposés qu’à des concentrations infimes.
Si vous vous en doutiez encore, sachez que la drogue a aussi une influence sur les animaux. C’est le cas de saumons qu’une équipe de l’université Griffith, en Australie, et de l’Université suédoise des sciences agricoles a exposés à de la cocaïne et à la benzoylecgonine, principal métabolite de cette substance, via des implants.
Résultat : les poissons soumis à ce métabolite — la forme sous laquelle la cocaïne est le plus souvent présente dans les eaux usées — ont parcouru près du double de distance hebdomadaire par rapport au groupe témoin, se dispersant jusqu’à 12 kilomètres plus loin dans le lac. Ce phénomène s’est amplifié au fil du temps.
L’enjeu dépasse le simple comportement individuel. Comme l’explique le co-auteur, le Dr Marcus Michelangeli, de l’Australian Rivers Institute (Université Griffith), les déplacements des poissons conditionnent leur régime alimentaire, leurs prédateurs et, plus largement, la structure des populations.
Des poissons désinhibés et donc en danger
« Si la pollution modifie ces schémas, elle a le potentiel d’affecter les écosystèmes d’une manière que nous commençons seulement à comprendre« , a-t-il relevé. Le surcroît d’activité implique en effet une dépense énergétique bien supérieure à la normale, ce qui affaiblit les poissons sur le long terme et compromet leur capacité à survivre dans un écosystème compétitif.
Si l’expérience avec la cocaïne brute a permis de mettre en évidence ces effets comportementaux, les chercheurs ont tenu à préciser que la véritable menace ne vient pas tant de la drogue elle-même que de ses métabolites, c’est-à-dire des sous-produits chimiques issus de sa dégradation dans l’organisme humain.
Lorsqu’un consommateur de cocaïne élimine ces résidus via ses déchets corporels, ces composés se retrouvent dans les circuits de traitement des eaux, ou directement dans les milieux naturels si les eaux usées ne sont pas traitées.
Des eaux usées comme vecteur de contamination
« L’idée que la cocaïne affecte les poissons peut sembler surprenante, mais la réalité est que la faune sauvage est déjà exposée chaque jour à une large gamme de médicaments d’origine humaine. La partie inhabituelle n’est pas l’expérience, c’est ce qui se passe déjà dans nos cours d’eau« , souligne Michelangel.
Les stations d’épuration modernes sont généralement en mesure d’éliminer efficacement les drogues et leurs métabolites avant tout rejet dans les cours d’eau. Mais les eaux usées non traitées, elles, constituent un vecteur de contamination bien plus redoutable.
Quand des effluents domestiques non épurés, issus de ménages où des drogues sont consommées, s’écoulent directement dans des lacs ou des rivières, les effets sur la faune aquatique peuvent être considérables.
L’originalité de cette expérience tient à son cadre. Contrairement aux précédentes études menées en aquarium, celle-ci prouve que la cocaïne perturbe effectivement le comportement des poissons dans leur habitat naturel, avec toute sa complexité environnementale.