Battue par Lisbonne et Vienne, Berlin rate pour la première fois un siège non permanent au Conseil de sécurité. La conséquence d’une politique étrangère jugée incohérente par certains observateurs.
C’est un revers diplomatique majeur pour l’une des puissances fondatrices de l’ordre multilatéral d’après-guerre. Mercredi 3 juin, lors du vote à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, l’Allemagne a été éliminée dès le premier tour dans la course à un siège non permanent au Conseil de sécurité.
Le Portugal a obtenu 134 voix, l’Autriche 131, tandis que Berlin n’en a recueilli que 104, bien en deçà des deux tiers requis. Pour un pays qui a déjà siégé à six reprises et qui figure parmi les principaux contributeurs financiers de l’ONU, le revers est particulièrement sévère.
Elle est même comparable, selon le podcast « Berlin Briefing » de DW qui a décortiqué l’événement, à un Bayern Munich éliminé dès les qualifications de la Ligue des champions. Deux sièges étaient en jeu au sein du groupe WEOG — celui des pays d’Europe occidentale et autres — pour la période 2027-2028.
Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, qui avait multiplié les rencontres à New York la semaine précédente — plus d’une centaine d’entretiens en quelques jours, selon les témoignages — a reconnu une défaite « amère ».
Cinq facteurs d’une défaite annoncée
Les raisons de cet échec sont multiples, imbriquées, et difficiles à hiérarchiser avec précision, le vote étant à bulletin secret. Néanmoins, cinq éléments principaux ressortent des analyses.
Le premier est lié au calendrier : l’Autriche et le Portugal avaient annoncé leurs candidatures dès 2011 et 2013, tandis que l’Allemagne ne s’est positionnée qu’en 2020. Un retard jugé pénalisant par Muriel Marte, doctorante à l’Institut de recherche sur la paix et ancienne collaboratrice du PNUD à Genève.
Le deuxième facteur tient à la campagne d’influence menée par la Russie contre Berlin. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, Moscou a tout intérêt à bloquer l’accès à des États opposés à ses positions sur le conflit ukrainien.
Un droit international perçu comme sélectif
Troisième élément, et sans doute le plus déterminant sur le plan politique : la position allemande sur la guerre à Gaza. Berlin a en effet maintenu un soutien constant à Israël depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, au nom d’une « responsabilité historique » liée à la Shoah.
Par ailleurs, l’Allemagne n’a pas reconnu l’État palestinien, contrairement à plusieurs de ses partenaires européens. À cela s’ajoute une perception croissante d’un usage à géométrie variable du droit international, alors même que le pays se présente comme un défenseur du multilatéralisme et de l’État de droit.
Pour de nombreux petits États — majoritaires à l’Assemblée générale et attachés au principe d’égalité souveraine — cette incohérence perçue s’avère rédhibitoire. Fort de ses six mandats passés et de son statut de deuxième contributeur de l’ONU après le retrait américain initié sous Donald Trump, Berlin semblait considérer sa candidature comme acquise. Il vient de tomber de haut.