États-Unis : où est passé l’argent du pétrole vénézuélien ?

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Une enquête explosive met en lumière une gestion opaque des revenus de l’or noir du Venezuela depuis la chute de Nicolás Maduro, alors que le Congrès américain reste également dans l’ignorance concernant la destination de cette manne estimée à des milliards de dollars.

Depuis l’enlèvement du chef de l’État vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas en janvier, le président américain Donald Trump aime à se présenter, sans gêne, comme le garant de la destinée du pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple posture.

Car depuis lors, les revenus tirés des exportations de pétrole vénézuélien transitent d’abord par l’administration américaine avant, en théorie, d’être reversés à Caracas. Seulement en théorie, puisque, d’après le Financial Times (FT), nul ne sait où est passé cet argent.

Selon le quotidien britannique, le Venezuela a exporté pour environ 11,5 milliards de dollars de pétrole en cargaisons officiellement enregistrées depuis le renversement de Maduro, un montant qui grimpe à près de 13 milliards une fois les variations de prix prises en compte.

Or, selon les propres relevés du gouvernement vénézuélien, seuls 300 millions de dollars auraient été effectivement rapatriés depuis mars. Le reste demeure introuvable.

Une tutelle financière assumée par Washington

« L’invasion du Venezuela par Trump a porté sur le pétrole, le pouvoir et la corruption dès le départ, avec des milliards de dollars de revenus pétroliers contrôlés par l’administration Trump sans transparence ni garanties », a déclaré Joaquin Castro, présenté comme un influent élu démocrate du Congrès, interrogé par le FT.

Donald Trump ne cache d’ailleurs pas les objectifs de l’opération menée par Washington à Caracas. Il a ainsi affirmé par le passé que les États-Unis auraient récupéré, grâce aux revenus du pétrole vénézuélien, l’équivalent de 28 fois le coût de l’intervention militaire ayant précédé la chute du régime.

Ce climat d’opacité s’inscrit dans un contexte économique très dégradé. Le Venezuela, sous sanctions depuis plusieurs années et frappé par un séisme dévastateur fin juin — dont le coût des dégâts est estimé à 37 milliards de dollars par l’ONU — continue de traverser une grave crise de liquidités.

Le secteur pétrolier représente environ un quart du produit intérieur brut du pays, et l’allègement espéré de la pression économique n’a pas permis de relancer la croissance, retombée à 2,5% au premier trimestre, son niveau le plus bas depuis cinq ans.

Un modèle inspiré de l’Irak, testé pour l’Iran

Selon certains observateurs, ce dispositif rappelle celui appliqué à l’Irak après la chute de Saddam Hussein, où les recettes pétrolières étaient déposées dans un fonds logé auprès de la Réserve fédérale américaine à New York avant d’être reversées à Bagdad, sous autorisation politique de Washington.

Le Venezuela aurait ainsi servi de laboratoire à une version actualisée de ce schéma, que plusieurs analystes qualifient déjà de doctrine pétrolière américaine consistant à renverser les régimes pétroliers jugés hostiles, puis à administrer directement leurs recettes.

Cette approche visait initialement l’Iran, avec l’objectif affiché de priver la Chine de son principal fournisseur et d’installer une direction plus docile à Téhéran, avant que ce scénario n’échoue.

Pour Benjamin Gedan, ancien haut responsable de la Maison-Blanche pour l’Amérique latine sous Obama, cité par le Financial Times, le dossier vénézuélien pourrait devenir un terrain d’investigation privilégié si les démocrates l’emportent lors des prochaines échéances électorales.

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