À partir d’une enquête inédite, le magazine L’Express a levé le voile sur le monde réputé secret des services de renseignements du Continent.
Vous avez sans doute déjà entendu parler du MI6, de la DGSE ou encore du BND. Mais que savez-vous de leurs atouts respectifs ? Dans un dossier publié en juillet, L’Express s’est penché sur la question. Il en ressort un classement riche en enseignements, fondé sur les entretiens menés avec de nombreuses sources familières du monde du renseignement européen.
Le service britannique — le MI6 — arrive largement en tête, avec 251 points. Cette domination s’expliquerait par un partage massif de renseignements avec les agences américaines, notamment la CIA et la NSA, une culture du temps long permettant d’implanter des sources pendant dix ou quinze ans, ainsi qu’une expertise sur la Russie forgée depuis l’affaire des « Cinq de Cambridge », ce réseau d’agents britanniques infiltré au profit de l’Union soviétique durant la guerre froide.
Autre facteur avancé pour expliquer cette réussite : la porosité entre les grandes universités britanniques et les services de renseignement. De nombreux diplômés d’Oxford et de Cambridge rejoignent en effet le MI6 ou son équivalent technique, le GCHQ, dès le début de leur carrière. De quoi alimenter un vivier de talents durable.
La France tient son rang
Sur la deuxième marche du podium, la DGSE française confirme sa place parmi les premières puissances européennes du renseignement, avec 169 points. Cette performance est saluée jusque dans les rangs américains. Cinq des soixante observateurs interrogés dans le cadre de ce classement ont même placé la France devant le Royaume-Uni.
Parmi eux figure une ancienne analyste de la CIA, forte de trente-quatre années d’expérience au sein de l’agence américaine, qui se serait dite très impressionnée par les résultats du service français.
Cette réussite tiendrait notamment, selon Elsa Trujillo, journaliste et coautrice de l’enquête, au service Action, cette composante quasi militaire de la DGSE, popularisée par la série Le Bureau des légendes. Celui-ci est capable de mener des opérations clandestines et de neutraliser des cibles à l’étranger, y compris dans des pays hostiles.
D’après la journaliste, la France s’appuie également sur une expertise géographique héritée de son passé colonial, particulièrement développée en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest.
Les Pays-Bas créent la surprise
Un ancien directeur du renseignement canadien aurait ainsi confié que, sur les questions africaines, le MI6 britannique a lui-même tendance à se tourner vers son homologue français. L’AIVD, le service de renseignement néerlandais, crée quant à lui la surprise en s’installant sur la troisième marche du podium, devant des agences pourtant jugées plus prestigieuses.
Discrets, mais redoutablement efficaces, les services néerlandais seraient impliqués dans une grande partie des principales affaires d’espionnage révélées ces dernières années.
Ils sont notamment crédités d’avoir contribué aux opérations ayant permis le déploiement du virus Stuxnet contre les centrifugeuses nucléaires iraniennes, ainsi qu’à l’infiltration précoce du groupe de pirates russes Fancy Bear. Cette expertise leur aurait valu la confiance de la CIA, notamment lorsqu’il s’est agi de former les services ukrainiens après 2014.
L’autre enseignement marquant est la progression spectaculaire de l’Ukraine, classée quatrième. Ses services bénéficient d’une double école : celle héritée des méthodes soviétiques et celle transmise par les puissances occidentales depuis 2014.
Classé cinquième, le renseignement extérieur allemand — le BND — souffre encore d’une méfiance historique liée au IIIe Reich, mais aussi du fait d’être passé à côté de l’invasion russe de l’Ukraine. Un échec partagé par plusieurs services européens, dont la DGSE française, selon Elsa Trujillo.