L’épisode du 2 avril dernier, au cours duquel l’eurodéputée de La France insoumise a été accusée de détenir de la drogue de synthèse, aurait été alimenté par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, selon des informations de Complément d’enquête.
Le parquet de Paris et l’Inspection générale de la justice ne devraient peut-être pas chercher bien loin pour identifier les responsables des fuites dans la presse concernant la convocation de Rima Hassan, le 2 avril dernier, par la police judiciaire de Paris.
Ce jour-là, l’eurodéputée de La France insoumise (LFI) est placée en garde à vue dans le cadre d’une procédure pour « apologie de terrorisme commise en ligne », ouverte contre elle après la publication, quelques jours plus tôt sur son compte X, d’un message jugé par ses détracteurs comme glorifiant Kenzo Okamoto, l’un des auteurs de l’attentat contre l’aéroport de Tel-Aviv en 1972.
« J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir », dit le texte polémique. Selon Muriel Ouaknine-Melki, avocate, présidente de l’Organisation juive européenne (OJE) et auteure de la plainte, ce message laisse entendre « que l’on peut trouver légitime de commettre des actes terroristes lorsqu’ils sont commis pour une cause ».
Fake news et emballement médiatico-politique
Pendant que Rima Hassan est interrogée — sa garde à vue durera 13 heures —, une « information » se répand comme une traînée de poudre : l’eurodéputée aurait été interpellée en possession de 3-MMC (3‑méthylméthcathinone, aussi appelée métaphédrone).
Classée comme stupéfiant en France, cette drogue de synthèse, qui agit comme un stimulant du système nerveux, est impliquée dans des affaires de chemsex, ainsi que dans celle concernant Pierre Palmade, selon l’avocat de Rima Hassan, Vincent Brengarth.
« L’eurodéputée LFI, placée aujourd’hui en garde à vue pour apologie du terrorisme, s’est présentée au commissariat en possession de produits stupéfiants », indique alors Europe 1. « Possession de drogue de synthèse », affirme BFMTV. « Quelques grammes de drogue de synthèse », avance encore CNews.
« On a vu des plateaux télévisés se tenir en direct, des flashs d’information commenter une information non vérifiée, issue d’une violation du secret de l’enquête, en dehors de tout contradictoire », se rappelle son avocat, le 16 septembre dernier, dans Complément d’enquête.
Surprenante confidence d’un ministre
Le tourbillon médiatique est d’autant plus saisissant que les analyses effectuées en laboratoire confirmeront que les produits découverts dans les affaires de Rima Hassan n’étaient pas de la drogue, mais bien du CBD, comme l’élue LFI l’avait assuré aux enquêteurs à son arrivée au commissariat.
Selon Complément d’enquête, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, aurait évoqué auprès de journalistes la présence de drogue dans les affaires de l’eurodéputée, en marge d’un déplacement à Bordeaux avec le Premier ministre Sébastien Lecornu.
« Dans le train, on a demandé à Nuñez si c’était vrai que Rima Hassan avait de la drogue dans son sac, et il nous a dit : “Il se peut que ce soit exact.” Ensuite, il nous dit que c’est un truc de synthèse et que le deuxième produit est un dérivé de la cocaïne. Et il ajoute qu’il ne s’y connaît pas trop », affirme l’une des nombreuses sources présentes ce jour-là et interrogées par Complément d’enquête.
« C’est n’importe quoi. Je suis interrogé, hors micro, par des journalistes qui ont toutes les informations. Ce que je regrette, et je l’ai dit et je le redis, c’est que ce n’est pas normal que des journalistes aient ce niveau d’information. Mais ça s’arrête là. Je n’ai organisé aucune fuite », rétorque le ministre, interpellé lors d’une audition à l’Assemblée nationale.