Ce phénomène, pour l’heure inexpliqué, affecte la mesure du temps. Problème : la seconde intercalaire habituellement appliquée en guise de correction, pourrait présenter cette fois des risques beaucoup plus importants pour les systèmes informatiques.
Savez-vous que la Terre tourne de plus en plus vite ? Ce phénomène bien réel prend des proportions considérables à mesure que les années passent. L’Université technique de Vienne indiquait en 2023 que la vitesse de rotation terrestre avait globalement augmenté au cours des cinquante années précédentes.
Avec des conséquences sur la durée d’une journée ; celle du 29 juin 2022 avait ainsi duré 24 heures moins 1,59 milliseconde. D’où le recours à la seconde intercalaire, adopté depuis les années 1970.
Autrement dit, il s’agit d’adapter les pendules en ajoutant une seconde à l’UTC, le temps de référence mondial fondé sur les horloges atomiques, afin de le garder proche de l’UT1, calculé à partir de la rotation réelle de la Terre.
L’objectif est de maintenir l’écart entre ces deux échelles à 0,9 seconde, conformément au système adopté en 1972. Entre cette année-là et 2016, 26 corrections par ajout de secondes ont été apportées, la dernière remontant au 31 décembre 2016.
Une planète qui change de rythme
Mais depuis environ quatre ans, la Terre s’est mise à tourner encore plus vite. Certains envisagent donc désormais de corriger dans le sens inverse le décalage avec les horloges atomiques.
Cela implique de faire avancer l’UTC d’une seconde, en supprimant cette fois une unité de son décompte. Celle précédant minuit serait ainsi omise. Reste que cette mesure, dont la probable nécessité d’ici 2035 est estimée à 30% par le Bureau international des poids et mesures (BIPM), suscite des réticences dans le monde de la tech.
Meta s’est notamment saisi du dossier en soulignant qu’aucune seconde intercalaire négative n’a jamais été appliquée à l’UTC. « Elle pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur les logiciels qui reposent sur des minuteries ou des ordonnanceurs », a mis en garde l’entreprise dans un article publié le 25 juillet 2022 sur son blog d’ingénierie.
« Dans tous les cas, chaque seconde intercalaire constitue un véritable casse-tête pour les personnes qui gèrent les infrastructures matérielles », a-t-elle encore ajouté.
Une réunion à Versailles pour trancher ?
La firme propriétaire de Facebook propose ni plus ni moins de renoncer aux futures secondes intercalaires, une pratique décrite par la plateforme comme « risquée », qui « fait plus de mal que de bien ».
Mais Moscou s’oppose à une telle solution en raison de l’intégration de ces ajustements dans le fonctionnement du système russe de navigation par satellite, GLONASS. Selon Patrizia Tavella, responsable du département du temps au BIPM, cette opposition porte toutefois moins sur leur abandon que sur l’échéance de l’entrée en vigueur d’une telle initiative.
Dans tous les cas, il revient désormais à la Conférence générale des poids et mesures (CGPM), qui réunit les États, de trancher éventuellement la question lors de sa prochaine rencontre, prévue du 13 au 15 octobre à Versailles, en France.