Muhammadu Buhari, président de la République fédérale du Nigeria, en avril 2017.

Eco : les pays anglophones se rétractent !

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Comme on s’y attendait un peu, les pays anglophones d’Afrique de l’Ouest se sont finalement rétractés au sujet de l’adoption de la monnaie commune. Ils dénoncent la décision « unilatérale » des Etats francophones de renommer le franc CFA en Eco.

Les pays anglophones d’Afrique de l’ouest (Nigeria, Sierra-Leone, Ghana, Liberia et Gambie) et la Guinée Conakry ont dénoncé le jeudi 16 janvier à Abuja la décision prise par les huit pays francophones de l’UEMOA de remplacer le franc CFA par l’Eco. Ils estiment que cette décision n’est « pas conforme » au programme adopté récemment par l’ensemble de la région pour mettre en place une monnaie unique.

Pourtant, il y a quelques semaines, le Ghana avait affiché un certain enthousiasme. « Au Ghana, nous sommes déterminés à faire tout ce que nous pouvons pour rejoindre les États membres de UEMOA dans l’utilisation de l’Eco, car, selon nous, cela aidera à éliminer les barrières commerciales et monétaires » avait déclaré le président Nana Akufo-Addo.

Le Nigéria ne veut pas se casser en deux comme l’Allemagne

Le Nigeria, première économie de la région (avec près de 70 % du PIB de la CEDEAO), a en revanche toujours affiché une certaine prudence. Plusieurs économistes et experts ont argumenté auprès du gouvernement nigérian afin qu’il prenne le leadership au sein de cette initiative pour mener à bien l’adoption de la monnaie commune ouest-africaine. En vain… « À l’heure actuelle, le gouvernement nigérian n’a pas la volonté politique de mettre en place cet Eco. Pour ce pays, cela signifierait perdre le contrôle de sa politique monétaire » et surtout le leadership de la région au profit de la Côte d’Ivoire, avec la création d’une banque centrale d’Afrique de l’Ouest, explique Tokunbo Afikuyomi, du cabinet d’analyse économique Stears Business, basé à Lagos.

Le Nigeria n’aurait vraiment pas grande chose à gagner avec des pays qui possèdent une croissance économique très faible. D’ailleurs, « Si l’un de ces pays se retrouve en difficulté, c’est le Nigeria qui devra venir à sa rescousse, comme l’Allemagne et la France l’ont fait avec la Grèce » pour éviter une faillite de l’Union européenne, détaille l’analyste. « Et le Nigeria n’en a aucune envie. ». Il préfère donc garder son Naira.

Le cordon ombilical des pays francophones avec la France doit être sectionné

Les pays anglophones dénoncent surtout les liens très controversés des huit pays francophones avec la France, ancienne puissance coloniale, qui accueillait notamment la moitié de leurs réserves de changes en échange de la convertibilité du CFA avec l’euro. Par conséquent, ils « réitèrent l’importance pour tous les membres de la CEDEAO d’adhérer aux décisions de l’autorité des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO concernant la mise en œuvre de la feuille de route révisée du programme de monnaie unique ». Un sommet réunissant les chefs d’État de la WAMZ (West Africa Monetary Zone) est prévu « bientôt » pour décider de la conduite à venir, précise le communiqué final.

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