Le pari fou des États-Unis sur Ahmadinejad

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De nouvelles révélations évoquent un projet américano-israélien visant à favoriser le retour au pouvoir de l’ancien président iranien, désormais marginalisé par le régime. L’initiative s’est toutefois soldée par un échec.

Selon le New York Times (NYT), les États-Unis et Israël avaient élaboré, au début de l’offensive militaire contre l’Iran, un plan visant à porter au pouvoir Mahmoud Ahmadinejad, en remplacement du guide suprême et du clergé dirigeant.

Le choix de l’ancien dirigeant, aujourd’hui âgé de 69 ans, reposait sur son parcours politique. Élu président en 2005 avec 62% des voix après un premier tour où il n’avait recueilli que 20%, cet homme issu d’un milieu modeste était devenu le premier chef d’État non-clerc d’Iran en plus de deux décennies.

Le guide suprême Ali Khamenei, qui l’avait soutenu, pensait avoir trouvé un exécutant docile. Il s’est avéré que c’était une erreur. Dès 2011, les tensions éclatent. Ahmadinejad limoge un ministre proche de Khamenei, décision aussitôt annulée par ce dernier.

Le président entre alors dans une forme de défi silencieux, refusant d’exercer ses fonctions pendant près de deux semaines. L’année suivante, le guide suprême lui interdit de se nommer ministre du Pétrole. En 2012, fait inédit, Ahmadinejad est convoqué devant le Parlement iranien. Une humiliation publique marquant la fin de son influence.

Un allié devenu persona non grata

Lorsque Hassan Rouhani lui succède en 2013, Ahmadinejad passe du statut d’homme fort du pays à celui de figure marginalisée, placée sous étroite surveillance. Selon The Atlantic, des agents de sécurité sont en permanence postés à proximité de son domicile afin de contrôler ses déplacements.

Cette mise à l’écart aurait fait de cet ingénieur de formation, aux yeux de Washington, un partenaire potentiel. Donald Trump pensait pouvoir reproduire un scénario similaire à celui observé au Venezuela, où une figure jugée plus conciliante — Delcy Rodríguez — a pris le relais de Nicolás Maduro, aujourd’hui détenu dans une prison américaine.

D’après le NYT, l’initiative provenait principalement des services israéliens, avec le soutien des États-Unis. Mahmoud Ahmadinejad aurait donné son accord via des canaux discrets avec les instigateurs de l’opération.

Une opération de libération qui tourne au fiasco

Le plan a toutefois échoué. Censée neutraliser les gardiens du complexe où était détenu l’ancien président et permettre son extraction pour le placer à la tête d’une transition, la frappe aérienne n’a finalement atteint son objectif qu’en partie, blessant Ahmadinejad lui-même.

Depuis, l’ancien président ne s’est plus exprimé publiquement. L’ironie tient également au profil de l’ex-dirigeant : considéré comme ultraconservateur, il s’est illustré par des positions radicales, allant du négationnisme de la Shoah à des appels répétés à la disparition d’Israël, en passant par une rhétorique virulente contre l’Occident.

Que Washington et Tel-Aviv aient misé sur une telle figure pour incarner un Iran « plus conciliant » peut sembler paradoxal, selon plusieurs analystes. Cet échec met aussi en lumière la sous-estimation de la résilience de Téhéran par l’alliance américano-israélienne, alors que le conflit se prolonge depuis désormais trois mois.

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