Pendant des décennies, il a incarné la figure du capitaliste vertueux. Aujourd’hui, entre le scandale Epstein, un divorce retentissant et des accusations de comportements inappropriés, l’image soigneusement construite de Bill Gates, le fondateur de Microsoft s’effondre.
Dans l’univers impitoyable de la Silicon Valley, l’excentricité a longtemps été valorisée. Steve Jobs cultivait l’imprévisibilité. Elon Musk alimente la controverse. À côté de ces figures, Bill Gates semblait avoir réussi là où d’autres avaient échoué : bâtir, en parallèle d’une immense fortune, une réputation presque irréprochable.
Pendant près de trois décennies, le récit de sa trajectoire paraissait ainsi parfaitement maîtrisé. L’enfant prodige fonde Microsoft, devient l’homme le plus riche du monde — un rang qu’il occupe durant dix-huit ans, un record — puis choisit de se retirer pour se consacrer à la philanthropie.
Bien avant la pandémie de Covid-19, il alertait déjà sur les risques sanitaires mondiaux. Il finançait la lutte contre la poliomyélite et soutenait le développement de systèmes de santé dans les régions les plus vulnérables.
L’affaire Epstein comme tournant
Depuis plusieurs mois toutefois, cette image soigneusement construite — avec l’appui de conseillers en communication et d’experts en image, selon une enquête du Wall Street Journal (WSJ) — se fissure sous l’effet de révélations successives sur sa relation avec Jeffrey Epstein, financier américain condamné pour trafic sexuel et décédé en détention en 2019.
Après cinq années d’investigations journalistiques, un constat s’impose en effet : les liens entre les deux hommes auraient dépassé le cadre strictement philanthropique longtemps mis en avant par l’entourage du fondateur de Microsoft.
Lors d’une réunion interne organisée en février avec les équipes de la Fondation Gates, le milliardaire aurait ainsi reconnu, selon le WSJ, avoir entretenu deux relations avec des femmes russes dont les noms figuraient dans des échanges de courriels liés à Epstein.
Une image durablement fragilisée ?
Une concession significative, mais que les documents issus de sa procédure de divorce viennent immédiatement relativiser. Des documents issus de sa procédure de divorce avec Melinda Gates, finalisée en 2021, évoquent en effet plus d’une vingtaine de relations extraconjugales, dont Epstein aurait eu connaissance.
Un porte-parole du milliardaire a assuré au média américain qu’il n’avait participé à aucune activité illégale impliquant le financier, tout en admettant que ces fréquentations relevaient d’ une« une erreur ».
« Gates s’est excusé pour cette erreur et coopérera volontairement avec la commission de supervision de la Chambre des représentants afin de répondre aux questions sur ses interactions avec Epstein. Gates soutient la publication de tous les documents Epstein dans l’espoir que les victimes puissent obtenir la justice qu’elles méritent », indique l’intéressé au WSJ, alors que la perception publique évolue défavorablement.
Selon le Wall Street Journal, une analyse médiatique commandée par la fondation fait état d’une hausse de plus de 40% des contenus critiques à l’égard de Bill Gates et de son organisation depuis la publication des documents liés à l’affaire Epstein jusqu’en février.